2018/04/19

Marc PEYRUSQUE
Berger au Béarn
Ce berger, quant à lui, se positionne pour l'introduction de l'ours dans les Pyrénées

Quelle est votre position vis-à-vis de la réintroduction des ours ?

Je suis pour. Il faudrait demander à ceux qui sont contre pourquoi ils le sont. Moi, ça me paraît évident : je suis pour la biodiversité, pour tout ce qui existe. L’ours est là, au Béarn. Il n’y a aucune raison de s’opposer à sa présence.

Les arguments des éleveurs contre concernent la prédation et les attaques…

Pour l’ours, on fait en sorte qu’il n’y ait pas de prédation. Je suis berger et non éleveur. C’est-à-dire que j’accompagne mes brebis dans les estives, que je les trais, que je suis avec elles en permanence. Le soir, elles sont parquées autour de la cabane, nous avons également des patous qui sont là pour les protéger, non seulement de l’ours mais aussi des chiens... Avec cette manière de faire, nous n’avons jamais eu aucune attaque.

Les grosses attaques dont j’ai eu connaissance, ce sont des gens qui ne gardaient pas leurs brebis, des éleveurs qui les mettent dans les montagnes sans gardiennage. Même sans l’ours, quand on reste auprès d’elles, il y a 1 % de perte ; les éleveurs, eux, frisent les 15 %.

S’ils jouent le jeu et qu’ils pratiquent le gardiennage ou qu’ils les font garder, sachant qu’aujourd’hui avec les aides, 80 % du gardiennage est pris en charge par l’État, cela peut permettre de créer des emplois en montagne pour des jeunes et redynamiser la région.

De plus, quand ils lâchent leurs brebis dans les montagnes, elles vont là où il y a le plus de nourriture, et laissent des pâturages en broussaille ou en forêt. Alors que lorsqu’on les accompagne, on rentabilise sa saison et on les amène pâturer sur plusieurs terrains. On laisse la montagne plus propre ainsi.

Vous participez au programme PéDescaous. En quoi consiste-t-il ?

Nous sommes une quinzaine de bergers en Béarn à être pour la réintroduction des ours. Nous avons signé une charte avec le FIEP (Fond d’Intervention Eco-Pastoral Groupe Ours Pyrénées), et nous affichons une patte d’ours sur nos fromages.

Pour moi qui vends ma production sur place, il s'agit seulement de marquer mon opinion, mais pour des gens qui voudraient faire de l’export, cela pourrait peut-être les aider.

Qu’est-ce que vous entendez autour de vous sur ce débat ?

70 % de la population qui vit dans les montagnes est pour la réintroduction. Nous, nous connaissons surtout ceux qui sont pour, nous ne fréquentons pas beaucoup ceux qui sont contre.

Au-delà de la position sur l’ours, c’est une conception de l’agriculture qui nous divise. Je voudrais également signaler qu’au niveau de la Confédération Paysanne du Béarn, nous avons choisi de ne pas prendre position pour respecter les deux tendances qui existent en notre sein, mais les pro-ours y sont néanmoins majoritaires. L’ours n’est pas un inconvénient, c’est un omnivore opportuniste, il mange très peu de viande. C’est une toute autre paire de manche avec le loup qui, lui, est un carnivore qui chasse en meute. Mais il n’est pas encore arrivé au Béarn.