19/04/2018

Sébastien Uthurriague
Eleveur d’ovins et de bovins à Larrau
Cet éleveur se positionne contre l'introduction de l'ours dans les Pyrénées

Quelle est votre position vis-à-vis de la réintroduction de l’ours ?

Ma position, et cela fait des années que c’est la même, je suis contre. Pourquoi ? Parce que je suis un défenseur de l’agriculture pastorale et que nous avons déjà beaucoup de difficultés. L’introduction de grands prédateurs pose donc problème. Au niveau du département 64, le nombre d’éleveurs correspond à la moitié de tout le massif pyrénéen. Nous sommes donc dans des montagnes très chargées en animaux et elles sont également très accidentées avec des pics, des falaises... Avec des animaux comme les ours, nous aurons des problèmes de prédation. Depuis que j’ai repris l’exploitation familiale, j’essaie de faire en sorte que le troupeau soit rentable, sans perdre la rusticité de mes brebis. Elles sont surveillées mais en liberté dans les pâturages. Je me suis toujours battu pour que les acteurs du territoire gardent la main sur leur territoire. Avec cette réintroduction, peu à peu, c’est une volonté de nous déposséder et d’ensauvager nos montagnes. Car quand l’ours est là, c’est lui qui est prioritaire. Ça, je ne peux pas l’accepter.

Des bergers soutiennent cette réintroduction et le fait de rester auprès de leurs brebis l’été. Qu’en pensez-vous ?

Je respecte le choix de ceux qui restent tout l’été en montagne. Mais ce sont des bergers. Moi, je suis éleveur, un peu berger, je passe l’équivalent de trois semaines durant l’été dans les montagnes avec les brebis. Le reste du temps, je suis presque en vacances : cela me permet de faire les récoltes, les foins et d’assurer la nourriture aux animaux le reste de l’année. Je ne peux pas me permettre de passer six mois en montagne. En 2016, on avait fait tourner une pétition parmi les éleveurs contre les ours, 450 éleveurs de montagne avaient signé. Eux, ils étaient 14 bergers à défendre la réintroduction.

De plus, on veut réintroduire des ours en Béarn, alors que selon nos informations, l’été dernier, les deux mâles n’étaient pas là-bas. Ils étaient soit en Espagne, soit dans les Hautes-Pyrénées (65) où il y avait des traces, mais pas en Béarn. Le vrai problème est d’ensauvager nos territoires. Je ne veux pas d’ours dans notre département. Nous avons des contacts avec certains agriculteurs en Ariège, où il y a environ 40 ours. Là-bas, l’agriculture se porte très mal, c’est invivable. Lorsqu’il y a des attaques en montagne, c’est la moitié du troupeau qui y passe. Maintenant, il n’y a plus aucun ours de souche pyrénéenne pure, on fait venir des ours d’ailleurs. Et si on prend les chiffres au niveau européen, il y a 17 000 ours bruns, il n’est pas en voie d’extinction ! On donne la priorité à des prédateurs sur l’activité humaine.

Pensez-vous que cela aurait un impact sur l’économie du territoire ?

C’est un équilibre très faible que nous avons dans le département. Et cela n’améliorera pas l’économie touristique. Demandez aux offices du tourisme, aux hôteliers en Ariège ce qu’ils en pensent, ils sont unanimes avec les éleveurs. J’ai peur qu’il faille un accident avec un touriste ou autre pour qu’enfin, on puisse revenir en arrière.

Et les aides qui sont apportées aux éleveurs…

Alors il y a deux choses qu’il faut bien différencier : d’une part, les aides qui sont complètement dissociées de la question de l’ours et qui sont des aides au pastoralisme inhérentes à l’économie de montagne. Et il y a une commission d’indemnisation pour les dégâts causés par les ours. Il faut que les attaques soient mieux indemnisées. Actuellement, on indemnise uniquement les bêtes tuées et que l’on a retrouvées. Les bêtes perdues ou les avortements suite aux attaques ne sont pas pris en compte, ce qui a un coût très important.