05/01/2018

Guillaume BARUCQ, Médecin généraliste
Obligations vaccinales : le Pays Basque coupé en deux

Regagner la confiance des Français envers les vaccins sera un travail de longue haleine qui ne passera pas par l’autoritarisme et la répression, mais par une politique bienveillante et adaptée à notre époque.

Obligation vaccinale

Avec les réjouissances du 1er janvier, nous avons eu droit cette année à une nouveauté piquante : l’extension des vaccinations obligatoires pour les nourrissons qui sont passées du jour au lendemain de trois à onze pour les enfants nés en France.

En plus des vaccins déjà obligatoires (diphtérie, tétanos et poliomyélite), huit vaccins se sont ajoutés à la liste (rougeole, oreillons, rubéole, coqueluche, hépatite B, méningocoque C, pneumocoque et Haemophilus influenzae de type b).

Il ne s’agit pas ici de remettre en cause l’intérêt des vaccins ou de débattre de leurs effets secondaires, mais de relever des incohérences dans la politique vaccinale française.

Une incohérence territoriale d’abord. La France restera isolée à côté des nombreux pays voisins où l’obligation vaccinale n’existe pas : Espagne, Allemagne, Autriche, Danemark, Pays-Bas, Suède, Norvège, Finlande, Royaume-Uni, Irlande, Islande…

Sur notre territoire, alors que onze vaccins seront désormais exigibles pour les enfants nés en Pays Basque Nord, il n’existera toujours aucune obligation vaccinale en Pays Basque Sud où les citoyens sont libres d’appliquer les recommandations vaccinales (et ils le font généralement).

A partir du 1er janvier donc, selon qu’un enfant naîtra d’un côté ou de l’autre de la Bidassoa, les obligations vaccinales ne seront pas les mêmes. Les conditions de vie, l’épidémiologie et le calendrier vaccinal sont pourtant sensiblement identiques des deux côtés. Cela ne facilitera pas le travail de pédagogie vaccinale des médecins généralistes et des pédiatres.

En 2018, il paraît incohérent d’avoir deux politiques de santé radicalement opposées dans le même bassin de vie car les personnes et les microbes se déplacent, et avec eux les maladies.

Mais à l’heure actuelle, la politique de santé en France est très centralisée et il n’existe pas de véritable compétence en santé au niveau des collectivités territoriales, à la différence de la Communauté Autonome Basque où il existe un système public de santé et un Conseiller à la Santé auprès du gouvernement basque.

On peut regretter aussi qu’il n’existe pas d’“Europe de la santé” malgré la libre circulation des personnes, ce qui conduit à un hiatus vaccinal entre des pays comme la France ou l’Italie qui ont élargi les obligations vaccinales et les pays voisins qui ont fait le choix inverse, avec souvent de meilleurs résultats !

L’autre incohérence concerne les libertés individuelles.

Il existe en France une loi Kouchner datant du 4 mars 2002 qui a donné des droits fondamentaux aux patients et qui stipule clairement qu’aucun acte médical ne devrait être pratiqué sans le consentement libre et éclairé du patient.

Pour les vaccinations infantiles, le nourrisson ne peut évidemment pas émettre un tel consentement, mais les parents devraient pouvoir décider en toute connaissance de cause pour leur enfant.

L’obligation vaccinale engendre une infantilisation des parents digne d’un paternalisme médical qu’on croyait révolu et d’autant plus anachronique à l’heure où on parle de rendre les citoyens acteurs de leur santé.

Le risque est de voir des familles réticentes à l’obligation vaccinale se détourner de la médecine conventionnelle.

L’autre risque majeur est de voir des enfants déscolarisés avec les contrôles qui devraient commencer en juin 2018. Il serait grave que des enfants soient exclus de la crèche ou de l’école parce qu’ils ne sont pas à jour des onze vaccins pour une raison ou pour une autre. Dans des pays comme le Royaume-Uni, le Canada ou l’Australie, les vaccinations ne sont pas un critère d’admission à l’école publique.

Après différents couacs liés à la gestion et à la communication autour des vaccins, les autorités de santé prennent le risque de voir la confiance dans la vaccination s’effriter davantage. Il existe déjà des poches de résistance à la vaccination, en Ardèche par exemple, et certaines tranches de la population générale sont réticentes à la vaccination.

Regagner la confiance des Français envers les vaccins sera un travail de longue haleine qui ne passera pas par l’autoritarisme et la répression, mais par une politique bienveillante et adaptée à notre époque, menée par des personnes sans conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique.

Je défendrai cette vision d’une politique vaccinale moderne dans le cadre d’une démocratie sanitaire.

Guillaume BARUCQ, Médecin généraliste