13 FéV. 2016 NOUVEAU GOUVERNEMENT FRANçAIS Français Hollande remaniepour ne rien changer L’opération de communication n’a pas suffi à donner un nouvel élan au gouvernement. Le remaniement ministériel annoncé jeudi par le président François Hollande illustre une nouvelle fois l’isolement politique de la gauche de gouvernement. À un an de la présidentielle, le chef de l’Etat persiste dans une stratégie critiquée jusque dans son propre camp. Antton Rouget Journaliste freelance Ils n'étaient plus nombreux, mais ceux qui rêvaient encore d'un changement de politique du gouvernement ont enterré leurs derniers espoirs jeudi après-midi. Après plusieurs jours de tractation, le président François Hollande a présenté son nouveau «gouvernement de combat », le quatrième en quatre ans, censé le mener jusqu'à la présidentielle de 2017. Au menu : le retour de deux barons épuisés de la gauche française, quelques nouvelles têtes du parti socialiste et trois dissidents écologistes rejoignent l'équipe de M. Valls. Des retouches qui ne visent qu'à donner l'illusion d'un nouveau souffle. Mais toujours pas de remise en cause de la politique menée, d'autocritique qui ne viendra de toute façon jamais. Le quinquennat de François Hollande se résume en un rétrécissement continu de sa base politique. Depuis 2012, à chaque échec, le président s'enferre toujours plus dans des choix contraires à ses engagements de campagne. Le remaniement opéré jeudi ne fait que participer de cette «logique» qui exaspère les électeurs. « Tout va mal mais on continue» a en substance martelé le président le plus impopulaire de la Ve République, au cours d'une interview soporifique accordée aux deux plus grandes chaînes de télévision après l'annonce du nouveau gouvernement. Son propre camp n'a ainsi jamais été aussi fractionné. Le vote sur la déchéance de la nationalité (proposition d'extrême-droite jusqu'ici fermement combattue par la gauche) a fini de renforcer le camp des «frondeurs», parlementaires socialistes hostiles à la ligne politique défendue par François Hollande et Manuel Valls. Mercredi, malgré les pressions de l'exécutif, sur les 286 députés PS, 83 parlementaires ont voté contre la réforme constitutionnelle et 36 se sont abstenus. L'avenir de cet texte symbolique depuis les attentats du 13 novembre est ainsi des plus incertains alors qu'il doit être étudié au Sénat. Le refus de plusieurs figures de la gauche de participer au nouveau gouvernement illustre également l'ambiance de fin de règne qui s'installe autour de la présidence Hollande. La maire de Lille et ancienne dirigeante du Parti socialiste Martine Aubry, opposée à la ligne socio-libérale, a ainsi refusé de prendre la tête d'un grand ministère. Idem pour Nicolas Hulot pour qui le quinquennat est dores et déjà terminé. Ce militant écologiste qui a organisé la COP21 n'est pourtant pas des plus à gauche. Deux semaines après le départ fracassant de Christiane Taubira pour un « désaccord politique majeur », Laurent Fabius a lui aussi quitté le navire. Pour un avenir plus serein, l'ex-ministre des Affaires étrangères doit rejoindre le Conseil constitutionnel dans les prochaines semaines. Avec le retour de trois écologistes dans son gouvernement, Hollande donne l'impression de retrouver un allié perdu en 2014. Mais les nominations de Jean-Vincent Placé (qui attendait son poste depuis des mois...), de Barbara Pompili et d'Emmanuelle Cosse (ancienne patronne des Verts) ne sont que des débauchages personnels sans réel base programmatique. Ils ont d'ailleurs été quasi-unanimement condamnés par les écologistes eux-mêmes malgré la promesse d’organiser un référendum local sur le projet contesté d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Tandis qu’une partie de la gauche a déjà fait le deuil du quinquennat de François Hollande, se profile une élection présidentielle de tous les dangers en 2017. Le panorama politique est installé depuis des mois : l’extrême-droite unie espère propulser Marine Le Pen au pouvoir après des résultats «historiques» aux départementales et régionales, la droite républicaine attend ses primaires à l’automne pour désigner son candidat et la gauche, morcelée, cherche une formule pour éviter une débâcle annoncée. Considérant que M. Hollande a échoué et qu’il ne peut prétendre à une réélection, l’aile gauche du PS a insisté ces derniers jours pour que le parti organise une primaire pour désigner son candidat. Mais cette hypothèse semble irréalisable : d’abord parce que le président, lui-même, ne veut pas laisser sa place, ensuite parce qu’une partie de la gauche refuse de se faire “aspirer” par ce système. Le leader du Front de gauche M. Mélenchon, pourtant isolé, a ainsi présenté mercredi sa candidature officielle. D’autres personnalités devraient le suivre. Mais aucune n’est pour le moment en mesure d’unir «l’autre gauche». Considérant que M. Hollande a échoué et qu’il nepeut prétendre à une réélection, l’aile gauche du PSsouhaite que le parti organise une primaire pourdésigner son candidat en 2017. Mais, le président neveut pas de cette hypothèse une partie de la gaucherefuse de se faire «aspirer» par ce système.