JAN. 16 2016 LA PRIMAIRE à DROITE Les Républicains se préparent à la guerre des droites La droite organise pour la première fois de son histoire une primaire afin de désigner son candidat à l’élection présidentielle de 2017. Le maire de Bordeaux Juppé, qui souhaite rassembler le centre, et l’ancien président Nicolas Sarkozy, à droite toute, sont promis à une lutte acharnée dans un parti déjà miné par les guerres de clan et les coups bas Antton Rouget Journaliste freelance À 18 mois de la prochaine présidentielle, les candidats de la droite fourbissent leurs armes. Alors que la gauche et François Hollande, qui ont perdu toutes les élections intermédiaires depuis 2012, sont en mauvaise posture et que l’extrême-droite des Le Pen se fait des plus menaçantes, Les Républicains (ex-UMP) doivent désigner cette année le candidat qui les représentera en 2017. Les dates de la primaire interne ont été fixées hier aux 20 et 27 novembre et le parti, déjà miné par les tensions entre les camps, se prépare à une sanglante guerre des droites. Si la tension est si forte c’est que l’enjeu est énorme. Ces derniers mois, la majorité des sondages ont projeté une victoire de la droite et du centre, à condition qu’ils soient réunis derrière un même candidat, lors de la prochaine présidentielle. De là à dire que le vainqueur de l’élection interne l’emportera en 2017, il n’y a qu’un pas. Que certains franchissent sans se méfier de la part d’incertitude que réserve la vie politique. L’affrontement est plus personnel qu’idéologique. L’instauration d’une primaire pour désigner son candidat à la présidentielle est certes une révolution culturelle pour une droite française qui s’est toujours appuyée sur la culture du chef et a longtemps revendiqué la légitimité d’un leader omnipotent dans la lignée de la figure tutélaire du Général de Gaulle. Mais, loin de favoriser les échanges d’idées et le renouvellement de la classe politique, la primaire va renforcer cette année les guerres de clans et de courtisans qui ont miné le RPR, l’UMP et paralysent aujourd’hui Les Républicains. Actuel favori des sondages, Alain Juppé tient une ligne politique qui rassemble le centre et la droite. L’actuel de Bordeaux, chantre de la modération, voit dans cet espace un bloc puissant capable de faire face au Front national et de récupérer une partie des déçus du parti socialiste. Sur la forme, le candidat se présente comme une personnalité capable d’apaiser le parti, alors que les militants n’ont connu ces dernières années que des périodes de fortes tensions. À 70 ans, le candidat du renouvellement, qui a occupé plusieurs ministères à partir de 1986 et a été condamné en 2004 dans une vaste affaire d’emplois fictifs, a pourtant quelques rides de trop. Mais, élu «personnalité politique préférée des Français», Juppé doit principalement son succès à l’état de la droite, lessivée par les conflits internes pendant le quinquennat Sarkozy et après 2012. Après un retour dans la vie politique raté en septembre 2014, Nicolas Sarkozy peine à s’imposer dans son propre camp. D’abord parce que, malgré tout, les électeurs gardent en mémoire un quinquennat qui l’a rendu particulièrement impopulaire, notamment de 2010 à 2012. Ensuite parce que, contrairement à Alain Juppé, nombre de sympathisants du centre (François Bayrou en tête) rejettent de manière épidermique l’ancien président et ses excès. Enfin, parce que ses choix de repartir en campagne autour de propositions à la droite de la droite sont contestés, tant d’un point de vue moral que de leur efficacité. Les dernières élections régionales ont ainsi démontré que, malgré ses déclarations fracassantes, Nicolas Sarkozy est inefficace pour endiguer la montée du FN. Mais l’ancien président peut compter à l’intérieur du parti sur une base sociale fidèle et dévouée capable de mobiliser les électeurs. Il serait trompeur de limiter la primaire à un duel entre les deux figures de la droite. Ces derniers mois, une vague de candidats a annoncé son intention de participer au scrutin : ministres sous Sarkozy, François Fillon et Nathalie Kozciusko-Morizet défendent tous les deux les idées les plus libérales du parti, le député Hervé Mariton tient une ligne conservatrice, Bruno Le Maire se veut candidat du “renouveau” et Nadine Morano soutient la “France, pays de “race blanche”. Si nombre d’entre eux savent dès à présent qu’ils ne pourront concurrencer Sarkozy ou Juppé dans les urnes, ils ont en tête l’expérience de Manuel Valls. Distancé lors de la primaire du PS en 2011 avec 5% des voix seulement, l’actuel Premier ministre avait su profiter de l’occasion pour s’installer dans le paysage politique français. Tous se rappellent aussi que le vainqueur de la présidentielle a rarement été celui qui dominait les sondages un an plus tôt. Le maire de Bordeaux Alain Juppé est aujourd’huile favori des sondages. À 70 ans, le «candidat durenouvellement» qui a occupé plusieurs ministèresà partir de 1986 et a été condamné en 2004 dans une vaste affaire d’emplois fictifs, a pourtant quelques rides de trop