2016 URT. 30 La démission de C. Taubira François Hollande rétrécit encore son assise politique La démission de la ministre de la Justice Christiane Taubira est tout sauf une surprise. Elle confirme seulement l’incompatibilité des choix sécuritaires de François Hollande avec une partie de la gauche. A près d’un an de la présidentielle, l’assise politique du gouvernement se réduit à une poignée de responsables à l’aile droite du parti socialiste Antton Rouget Journaliste freelance C’était le dernier contrefort de la gauche du gouvernement. La ministre de la Justice Christiane Taubira a démissionné de son poste ce mercredi à cause d’un “désaccord politique majeur” avec les choix de François Hollande et Manuel Valls. Au terme de quatre années d’exercice mouvementées, l’ancienne députée de Guyanne fuit l’un des gouvernements les plus impopulaires de la Ve République sur un bilan mitigé, entre volonté réformatrice et incapacité à faire évoluer une justice qui en a pourtant fortement besoin. Son départ alors que François Hollande s’entête dans une série de réformes enviées par la droite livre en revanche une certitude : à un an de l’élection présidentielle, l’assise politique du président a fini de se réduire à quelques leaders de l’aile droite du parti socialiste. La démission de Christiane Taubira n’est une surprise pour personne. Seulement, à force de voir défiler les rumeurs faisant état d’un départ imminent, les observateurs avaient fini par se dire que, même si elle était malmenée, la ministre de la Justice était déterminée à garder son poste le plus longtemps possible. Les occasions de claquer la porte n’ont pourtant pas manquées. Il y a d’abord eu la nomination de M. Valls au poste de Premier ministre entraînant le départ des écologistes du gouvernement. Et puis, surtout, les démissions fracassantes de ses alliés et amis de l’aile gauche du Parti socialiste. Exaspérés par la politique économique de M. Hollande, Aurélie Filipetti, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon envoyaient valser l’union de la gauche à l’été 2014. Esseulée dans son ministère et rarement à l’initiative, Taubira avait pourtant fait le choix de rester pour peser. Celle qui est hérigée en symbole du progressisme depuis le vote de la loi autorisant le mariage homosexuel en 2013 pensait encore pouvoir mener à bien les projets de réformes qu’elle avait envisagées. Une loi sur les mineurs et une autre sur la justice au XXIe siècle adaptant une institution sclérosée aux défis de notre temps. En désaccord idéologique sur le virage sécuritaire du gouvernement dès le vote de la loi sur le renseignement à l’été 2015, Taubira était par contre vivement critiquée par ceux qui la pensait capable de préserver les libertés publiques. La gestion des attentats de Charlie Hebdo puis du 13 novembre ont fini de montrer que l’opinion de la ministre de la Justice importait bien peu sur le sujet. “Parfois résister c’est rester, parfois résister c’est partir” a-t-elle réagi mercredi pour expliquer qu’elle ne pouvait plus cautionner les choix de François Hollande et de Manuel Valls. Le choix d’inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution - réforme souhaitée par l’extrême-droite - a constitué un point de non-retour pour l’ancienne Garde des sceaux qui ne pouvait défendre ce texte devant l’Assemblée nationale. Les désaccords de la ministre de la Justice devenaient en outre de plus en plus génants pour l’exécutif. Alors que François Hollande s’est lancé dans une course effrénée aux propositions sécuritaires pour essayer de faire grimper sa côte de popularité, les élans humanistes de Christiane Taubira perturbaient de plus en plus fortement la parole présidentielle. A d’ailleurs été nommé à la place de Christiane Taubira, Jean-Jacques Urvoas, “monsieur sécurité” du parti socialiste depuis plusieurs années, parfaitement en phase avec les projets gouvernementaux. La démission de Taubira marque également la fin d’une période où les désaccords entre ministres étaient récurrents et assumés. Au sein d’une même maison, on peut avoir des divergences et s’en expliquer. Mais Hollande et Valls ne veulent aucune dissonance sur les sujets liés à la sécurité, la justice ou la politique carcérale. Écologistes, aile de gauche du PS et Taubira partis, l’exécutif oublie peut-être trop vite que quand les fondations ne sont plus stables, c’est l’ensemble de la maison qui vacille. En désaccord idéologique depuis le virage sécuritaire du gouvernement dès le vote de la loi sur le renseignement à l’été 2015, Christiane Taubira était vivement critiquée par ceux qui la pensait capable de préserver les libertés publiques