2016 ABU. 20 LA POLÉMIQUE DU BURKINI Le burkini que personne n’a vu mais que tout le monde conteste A la veille d’une rentrée politique délicate pour le parti socialiste, le Premier ministre Manuel Valls vient de soutenir les maires ayant interdit le port du burkini (maillot de bain intégral porté par quelques femmes musulmanes) sur leurs plages. Très peu d’élus ont déjà vu un burkini mais, droite et gauche, ont tous les deux intérêt à le dénoncer Antton Rouget Journaliste freelance Après de longs mois de débats clivants et acharnés sur le terrorisme, l’islam et la sécurité, on aurait pu espérer de la période estivale qu’elle permette aux esprits enflammés de se reposer, aux plus excités de se débrancher et aux âmes éclairées d’enfin se révéler. Il s’en est malheuresement fallu de quelques jours pour que la France s’embrase d’un nouveau débat passionné dont elle a le secret, autour d’une question aussi caricaturale que dérisoire : faut-il interdire, oui ou non, le port du burkini sur les plages ? Le burkini c’est ce maillot de bain-tunique masquant intégralement le corps des femmes musulmanes. Il n’y en que quelques centaines en circulation dans l’Hexagone et, jusqu’à la semaine dernière, pratiquement personne n’en avait jamais entendu parler. Cinq maires décidés à jeter de l’huile sur le feu après une rixe opposant citoyens d’origine maghrébine et citoyens tout court (comme s’il fallait les catégoriser), un gouvernement aux abois et une ambiance favorable aux positions islamophobes se sont chargés de le populariser. Dans le contexte sensible des attentats de Daesh, une demi-dizaine de mairies vient en effet d’interdire l’accès à leurs plages aux personnes portant un burkini ou tout autre tenue jugée ˜non-la&bs;ïque» ou «contraire aux bonnes moeurs». Cette décision –qu’on imagine hautement courageuse et terriblement efficace pour lutter contre la «radicalisation» de femmes musulmanes... – intervient quelques jours après l’affrontement de deux groupes de jeunes en Corse. Selon des premiers témoignages, la désormais célèbre tunique intégrale aurait été à l’origine de l’incident. Une version démentie par le procureur de la République de Bastia en personne quelques jours plus tard. Mais, en plein mois d’août, voilà un débat politique dérisoire au coeur de l’actualité. «Le port du Burkini c’est un non-événement», s’est étonné Feiza Ben Mohamed, porte-parole de la Fondation des Musulmans du Sud dans les colonnes du Journal du Dimanche (JDD), encore surpris de l’intensité des discussions. On en fait une affaire parce que ça concerne la communauté musulmane mais sur les plages, il y a beaucoup plus de femmes qui se baignent habillées plutôt qu’en burkini». Bien vu : finalement, peu importent l’habit, les raisons pour lesquelles on le porte et la proportion de femmes qui s’en servent. Ce qui compte ici, c’est l’interprétation que l’on en fait. Les Républicains y ont naturellement vu un moyen de mettre un nouveau coup de barre à droite en pleine campagne pour désigner son candidat à la prochaine présidentielle qui sera sans aucun doute accès sur un débat identitaire.&punctSpace;Début août, l’ancien ministre Bruno Le Maire, sur la ligne de départ à la primaire de la droite et du centre, se prononçait ainsi contre le port du burkini alors qu’il animait une réunion de campagne à ... Saint-Jean-de-Luz. En joignant cette propostion à l’interdiction de la burka et de l’enseignement de l’arabe à l’école primaire, on imagine facile ment quelle religion il voulait stigmatiser devant les habitants de la côte basque. Le Premier ministre Manuel Valls s’est empressé de suivre la cadence, voyant dans le port du burkini une «traduction d’un projet politique, de contre-société». Et d’ajouter qu’il comprenait les maires qui, «dans ce moment de tension, ont le réflexe de chercher des solutions» à un problème... que certains n’ont jamais rencontré. Il en est ainsi de Daniel Fasquelle, maire du Touquet et bras-droit de Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais vu un burkini de sa vie. «Il n’y en a pas pour le moment dans ma ville, mais je ne veux pas que mes services soient pris au dépourvu si jamais nous touchés par ce phénomèn» a ainsi concédé celui qui a pris un arrété d’interdiction. Le soutien de Manuel Valls aux cinq maires met dans l’embarras une partie du PS. La fédération des Alpes-Maritimes a ainsi dénoncé une «opération de communication» en rappelant que «le principe de laïceté n’interdit pas les signes religieux dans l’espace public». Pourtant, comme pendant les mouvements contre les réformes des retraites de 2004, 2010 et 2013, le débat sur les signes religieux musulmans pourraient servir de cache-misère pour la gauche, qui s’apprête à vivre l’une des pires rentrées politiques de son histoire. A la veille d'une rentrée politique délicate, le Premierministre Manuel Valls a apporté son soutien auxmaires ayant interdit le port du burkini sur leursplages. Peu d'élus connaissaient jusqu'ici ce maillotde bain pour femmes musulmanes mais la tenuecoalise désormais droite et gauche contre l'islam