Antton Rouget
Journaliste freelance
N. Sarkozy mis en examen

Le financement de la vie politique française en question

La mise en examen de Nicolas Sarkozy pour avoir explosé le plafond des frais de campagne autorisés lors de la présidentielle de 2012 est la première du genre dans l’Etat français. Au delà de son ampleur exceptionnelle, cette fraude caractérisée interpelle plus largement sur le financement la vie politique et la faiblesse des moyens de contrôle

Une affaire de plus pour Nicolas Sarkozy. Au terme d’une journée de garde-à-vue, l’ancien président de la République, a été mis en examen mardi pour avoir explosé le plafond autorisé de dépenses de campagne lors de l’élection présidentielle de 2012. Comme lui, 32 anciens responsables de la « Sarkozie » sont aujourd’hui au cœur d’investigations judiciaires, un record dans la Ve République. Pour la première fois également, une enquête sur le financement d’un candidat sérieux à l’élection présidentielle est sur le point d’aboutir, démontrant toute l’opacité qui entoure la gestion des comptes des campagnes d’une telle ampleur.

Concrètement, Nicolas Sarkozy est accusé d’avoir dépensé en trois mois près de 50 millions d’euros pour financer sa dernière campagne, l’équivalent de 650 000 euros par jour, bien loin des 22 millions autorisés pour garantir l’équité entre les candidats. En 2013, déjà, le Conseil constitutionnel avait rejeté ses comptes de campagne pour un léger dépassement de 466 000 euros. Une broutille.

Mais, les révélations successives de la presse sur une vaste affaire politico-financière ont montré que les sommes dépensées étaient bien plus importantes : la société de communication Bygmalion, dirigée par des proches de l’UMP, a facturé au parti l’organisation de dizaines de réunions inexistantes afin de couvrir des frais de campagne officieux. La note s’élève à 18 millions d’euros auquel il convient d’ajouter 10 millions d’euros supplémentaires non-déclarés par le candidat.

L’affaire est à double titre particulièrement gênante pour l’ancien président, futur candidat éventuel en 2017. Judiciairement d’abord parce que le dépassement du plafond autorisé est tel qu’on imagine mal comment Nicolas Sarkozy pourrait échapper à une condamnation. Politiquement ensuite, parce que son intégrité, déjà contestée dans un certain nombre de procédures judiciaires, est mise à mal. Sa sincérité également : comment croire aux promesses d’un candidat qui ment sur ses propres frais de campagne ?

Les soupçons entourant le financement de campagnes présidentielles ne sont pas nouveaux. La campagne de Nicolas Sarkozy en 2007, déjà lui, fait ainsi l’objet d’une enquête judiciaire complexe avec en ligne de mire un incertain financement libyen de Mouamar Kadhafi. Sans parler des précédents scrutins, du temps où la réglementation sur les activités des mouvements était inexistante. La loi sur financement des partis politiques encadre depuis 1990 les activités des différents mouvements qui doivent faire valider leur compte par un mandataire financier mais de nouveaux défis démocratiques s’imposent aujourd’hui.

Le fait que les dépassements des frais de campagne de 2012 n’aient pas été détectés par les autorités de contrôle avant leurs révélations dans la presse interroge en premier lieu sur l’efficacité de celles-ci et les moyens qui leur sont dévolues. La Commission nationale des comptes de campagne et des financements politiques (CNCCFP) ne dispose en effet que de très faibles moyens légaux, techniques et humains pour exercer un contrôle efficace. Pour la campagne de N. Sarkozy, par exemple, aucun enquêteur n’a pu se rendre dans les meeting du candidat afin de constater l’ampleur des frais.

Les questions sur l’origine des fonds alimentant les caisses des partis est aussi au coeur du débat. En 2014, une enquête du site d’information Mediapart a permis de révéler que le Front national venait de bénéficier de plusieurs emprunts d’une valeur de 11 millions d’euros d’une banque russe proche du Kremlin. Les dirigeants de l’extrême-droite ont alors expliqué avoir été obligés de s’adresser à des institutions étrangères pour contourner les blocages des banques françaises. Mais, le soutien actif de Marine Le Pen à l’action de Vladimir Poutine n’est sans doute pas étranger à cette opération financière.