Antton Rouget
Journaliste
PÉDOPHILIE DANS L’EGLISE

Un nouveau scandale d’abus sexuels secoue l’Eglise française

Après les premiers scandales d’ampleur touchant à les institutions catholiques françaises, le site d’information Mediapart et une émission de télévision ont révélé cette semaine l’ampleur du phénomène des abus sexuels dans l’Egiles. Depuis les années 1960, pas moins de 25 évêques ont couvert 32 prêtres laissant derrière eux 339 victimes présumées.

Le choc des révélations a forcé l’Eglise française à un rapide et profond mea culpa. «J'éprouve un sentiment profond à la fois de honte, d'humilité et de détermination parce que je suis bien conscient que nous avons commis des erreurs, qu'il y a eu des silences coupables, qu'on a plus voulu défendre l'institution que faire la légitime place aux souffrances des victimes», a réagi le père Ribadeau Dumas, porte-parole de la Conférence des évêques de France (CEF), au lendemain des révélations du site d’information Mediapart et de l’émission de télévision Cash Investigation sur un nouveau scandale d’abus sexuels au sein des institutions catholiques.

Après une année 2016 marquée par l’explosion des premiers scandales de pédophilie d’ampleur, cette nouvelle enquête vient confirmer que de nombreux religieux ont fermé les yeux sur un phénomène d’une ampleur inédite.

Il est vrai que les chiffres révélés en ce début de semaine ont de quoi donner le vertige. Depuis 1960, pas moins de 25 évêques français ont méthodiquement couvert, protégé ou déplacé pendant des années 32 auteurs d’abus sexuels, qui ont laissé derrière eux 339 victimes présumées. Parmi ces 25 prêlats, cinq sont toujours en poste –dont l’évêque de Bayonne Mgr Marc Aillet– malgré le fait qu’ils ont été alertés de faits d’abus sexuels mais n’ont pas saisi formellement la justice.

Les données pointent aussi un élément nouveau: la protection des prêtres soupçonnés d’abus sexuels n’est pas qu’un phénomène ancien. Sur les 32 agresseurs présumés et protégés par leur hiérarchie, la moitié ont en effet agi après les années 2000. Depuis cette date, dans la continuité du scandale de Boston, l’Eglise française est pourtant censée avoir mis en place des mesures à endiguer le problème.

L’enquête a aussi mis en lumière le phénomène des déplacements internationaux. Là encore, les chiffres ont de quoi donner le vertige : depuis 1990, ce sont pas moins de 95 prêtres (représentant un total de 802 victimes présumées) qui ont été déplacés de pays en pays pour échapper à la justice ou éviter des scandales médiatiques. La plupart d’entre eux n’ont d’ailleurs jamais été rattrapé par les autorités judiciaires ou les familles de victimes.

Il en est ainsi du père Johannes Rivoire, agresseur présumé au début des années 90 de plusieurs enfants inuits dans le Grand nord Canadien mais aujourd’hui caché par sa communauté religieuse dans l’Est de la France. D’autres exemples ont également montré comment des congrégations catholiques ont utilisé les anciennes colonies d’Afrique pour y extraire des prêtres accusés d’abus sexuels.

Dans de nombreux cas, cette loi du silence s’avère clairement criminelle parce qu’elle permet la répétition des crimes. Mais loin des règles du droit (la non-dénonciation de crime est punie par la loi) et de la morale, nombre de responsables religieux songent encore aujourd’hui plus au destin de leur institution qu’au sort des victimes.

«Il y a eu une culture du silence. Nous voulons la briser pour avoir une culture de l'écoute et de l'accompagnement des victimes: nous sommes entrés me semble-t-il dans cette nouvelle phase, ça met sans doute trop de temps. On ne fait pas bouger les mentalités comme ça», a ainsi admis le père Ribadeau Dumas, estimant que «nous en avons pour des années de lutte pour que ce fléau cesse».

La lutte contre les abus sexuels dans l’Eglise promet en effet d’être un long chemin de croix. En juin dernier, le pape François a émis un motu propio (décret pontifical) lui permettant de démettre de ses fonctions un évêque ayant couvert un prêtre suspecté d’abus sexuel. Mais, tandis que s’accroît la pression de l’opinion publique française sur cette question, la Conférence des évêques de France ne semble pas encore disposée à soutenir les premières révocations.